La Collection Bic au 104 : sublimation du basique


Le 3 mai 2018, l’équipe de la Chaire Marques & Valeurs se rendait dans l’enceinte du Centquatre, centre culturel du 19ème arrondissement de Paris, ou se tenait l’exposition « La Collection Bic ». La marque emblématique du quotidien des français depuis les années 50 était mise à l’honneur au travers d’oeuvres d’artistes réalisées à l’aide de ses produits phares.

Dessins réalisés à l’aide du fameux stylo cristal, sculptures faites de rasoirs jetables oranges ou collages de corps de briquets usagés, les emblèmes de la marque étaient détournés de leur fin de produits pratiques, simples, fonctionnels et jetables afin de devenir de véritables « médiums de création artistique ».

Stupeurs et vertiges

Cette transition subite frappe le public dès qu’il pénètre les lieux, sa perspective change, surpris de voir ce qu’il est possible de réaliser à l’aide de ces objets qu’il côtoie au jour le jour. A-t-on réellement dessiné ceci à l’aide du même stylo avec lequel j’écris mes listes de courses tous les jours ? Est-ce là le rasoir qui m’a, ce matin à peine, infligé cette coupure qui me brûle ? Sont-ce là tous les briquets que j’ai égarés ? L’on en vient à admirer le réel dans ce qu’il a de plus trivial et commun, transcendé par les mains d’artistes qui travaillent avec les mêmes moyens matériels que nous.

Aussi, ces oeuvres font passer à la postérité des objets jetables et touchent par le contraste entre le caractère pérenne de l’oeuvre et la fragilité de ce qui les constitue. Le vertige nous gagne. Et si nous avions pu nous aussi engendrer de tels merveilles ? Tout était à portée de main pourtant…

Bic et ses représentations sociales

Le décalage est ainsi le maître-mot de l’exposition, et celui-ci est permis par le statut social de la marque Bic. Passée dans la culture populaire (et même dans la langue française : on parle de « stylo Bic », par abus de langage) comme symbole de l’objet bas de gamme fiable, pratique et jetable, elle constitue le point de chute de l’exposition et est vraisemblablement la cause de l’attrait qu’elle suscite. Art et Bic ? Le rapprochement intrigue de par le cachet habituellement conféré aux oeuvres d’art.

Pourtant, force est de constater que l’accessible et populaire Bic est bien au musée, et que depuis sa fondation, les artistes continuent de lui rendre hommage. De quoi bouleverser les représentations sociales de la marque en créant un contresens de par l’opposition entre artistique et populaire ? Ou les affirmer davantage par un contraste si fort qu’il ancrerait solidement la dimension basique des produits…